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Ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut-être pas vu

Extraits de presse :


"Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu au Festival de Liège", in Le Suricate magazine, le 13/02/2015
Nous vous le disions il y a quelques semaines déjà, le Festival de Liège se veut fondamentalement engagé dans les problématiques actuelles et propose à ses spectateurs des pièces en prise directe avec la société. Cette année, le directeur du festival Jean-Louis Colinet et son équipe ont voulu attirer notre attention sur une problématique en particulier, celle de l’immigration, avec comme angle d’approche un focus sur la tristement célèbre île de Lampedusa.

L’île a particulièrement fait parler d’elle pour le naufrage d’un bateau de migrants en 2013. Plus de cinq-cents personnes y ont alors perdu la vie. Malgré l’émotion qui a suivi cette tragédie, la situation n’a guère évolué sur ce petit rocher situé près de la Sicile et considéré par beaucoup de migrants comme la porte d’entrée de l’Europe. C’est pourquoi, au travers du film de Mary Jimenez, d’une exposition photographique et de deux projets théâtraux, le Festival de Liège met l’accent sur ce lieu de transition entre l’Afrique et l’Europe.

C’est dans ce contexte que nous avons retrouvé le Nimis Groupe et ses nouveaux collègues pour le spectacle Ceux que j’ai rencontré ne m’ont peut-être pas vu. Le Nimis Groupe c’est une compagnie issue de la rencontre de deux écoles de théâtre européennes, l’Ecole d’Acteurs de Liège et l’Ecole du Théâtre National de Bretagne. Lors de cet échange, les comédiens se sont sentis interpellés sur les conditions de leur rencontre, à savoir, qu’est-ce qui les définissait comme citoyens européens, qu’est-ce qui avait poussé à la plus ou moins disparition des frontières au sein de l’Europe et qu’en était-il des frontières extérieures ? « L’Autre » est alors rapidement devenu une nouvelle source de question. Qu’en est-il de ces rencontres hors Europe ? Comment visualise-t-on celui que nous ne connaissons pas ? Le collectif est né du désir de répondre à toutes ces questions, du désir d’interroger les frontières mais également les politiques européennes en matière d’immigration.
Pour appréhender le sujet en son cœur, le Nimis Groupe a fait un choix qui déterminera toute sa ligne de conduite future et son authenticité, il s’est centré sur l’homme. Il est parti à la rencontre de personnes résidant au sein de centres ouverts ou fermés au travers de l’Europe et s’est constitué comme un recueil de paroles, de témoignages et de récits de vie. Une série d’ateliers ont été mis en place depuis 2012 pour parvenir à la représentation d’aujourd’hui. A cette époque, l’envie était déjà là de développer une forme théâtrale qui pourrait contenir les témoignages de ces différentes rencontres et de les faire découvrir au travers de l’Europe à des publics locaux.
De ces ateliers divers menés depuis 2012 est sorti une force qui se retrouve dans la pièce. Les séances de travail ont montré que le Nimis groupe possède une faculté admirable à réussir à faire collaborer ensemble de parfaits inconnus dans une confiance, une écoute et un respect mutuel qu’il est rare de voir se développer aussi rapidement entre les gens. Ces acteurs ont créé une expérience collective qui n’existe que pour être partagée. Un souffle de création qui prend racine et grandit à chaque intervention des participants. Le collectif a mis en avant lors de ces ateliers une abondance d’humanité et a permis des rencontres inattendues, des partages d’expériences impensables, des témoignages de vies inimaginables. Ces prises de conscience qui nous font nous interroger sur la possibilité de ce monde à tourner encore… Il est également ressorti de ces sessions toute la difficulté de témoigner et d’arriver à rendre compte d’une expérience dans toutes ses dimensions.
Dans Ceux que j’ai rencontré ne m’ont peut-être pas vu, le collectif a réussi à garder la beauté de ces moments comme matière première. C’est donc avant tout l’humanité et l’authenticité qui s’expriment. Les acteurs du Nimis Groupe sont accompagnés sur la scène par des acteurs en devenir, rencontrés au sein des centres belges et présents pour témoigner de leur histoire personnelle. Mais cette pièce engagée, c’est aussi un théâtre fondamentalement pédagogique dont on ressort grandi et plus cultivé. Le spectateur réalise que l’Europe a mis en place un système monstrueux, Frontex, qui gère ses frontières à coup d’armes et de hautes technologies, un système qui n’affronte pas des êtres humains mais des flux migratoires. Un système qui déshumanise, tout à l’inverse de Ceux que j’ai rencontré ne m’ont peut-être pas vu.
En abordant un sujet vaste et complexe dans la sincérité et l’humour, les acteurs arrivent à être particulièrement clairs dans leurs propos. En choisissant de créer un contact direct avec les personnes concernées par les nouveaux réseaux de migrations, ils touchent les spectateurs au cœur et les sensibilisent d’autant plus à la question de l’immigration. Ils les encouragent à lever le voile sur ce qui se passe aux abords du territoire européen. Résultat, après les applaudissements, ce sont des effusions de témoignages d’affection qui prennent place sur la scène et des remerciements emplis d’émotions quand les spectateurs viennent à la rencontre des acteurs.
L’intention première du collectif Nimis Groupe était de réaliser une sorte de « chœur européen antique » non tragique, ce point est réussi. Nous ne pouvons plus que leurs souhaiter, à eux et à leurs nouveaux compagnons, que ce chœur sera aussi mobile que possible et attendu avec impatience de lieu en lieu!

 

Gianpiero Caldarella, "Migrazioni: quando il teatro abbatte le frontiere mentali", in Scomunicazione Wordpress, le 13/02/2015
Il 10 febbraio sono stato a Liegi, a un’ora di treno da Bruxelles, per vedere lo spettacolo teatrale “Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu” (trad: “Quelli che ho incontrato forse non mi hanno visto”), prodotto dalla compagnia Nimis Group e rappresentato all’interno del Festival internazionale delle arti di scena di Liegi. Sarò sintetico e arrivo subito alle conclusioni: raramente mi è capitato di assistere ad uno spettacolo tanto intenso, molto ben costruito dal punto di vista artistico e soprattutto tanto carico di senso“politico”, nell’accezione più nobile del termine, dove il valore della denuncia va di pari pari passo con quello della sensibilizzazione del pubblico.

In scena ci sono 14 attori, di cui sette professionisti e sette richiedenti asilo. Per arrivare a questa tappa dello spettacolo ci sono voluti quasi tre anni di lavoro, di racconti, di scambi di esperienze, di raccolta di informazioni, di viaggi, tra cui quello a Lampedusa dove ho avuto il piacere di conoscere nel 2014 alcuni attori della compagnia. Una mole immensa di dati che poi è stata trasformata poeticamente in narrazione teatrale, viva, senza retorica, frizzante, attuale, che indaga sulle cause delle migrazioni cioè su quello che succede nei paesi di partenza e su quali sono le responsabilità oggettive dell’occidente, sulla politica di controllo delle frontiere dell’Unione Europea, quindi su Frontex, sul suo budget e sulle aziende che traggono profitto da questa situazione. E ancora sulle toccanti testimonianze di chi ha passato la frontiera rischiando la vita, sui percorsi molto spesso frustranti che i richiedenti asilo devono attraversare per avere un pezzo di carta che gli permetta di ricostruire un’identità, sulla gioia di essere arrivati in quello che credevano il paradiso e sull’inferno della reclusione che spesso sono costretti a subire. Il “sistema Europa”, visto da vicino, sembra esplodere in una serie di contraddizioni e paradossi (“tutti hanno diritto di lasciare la propria terra”, ma poi? nessuno è in dovere di aprirti la porta) nel momento in cui le regole si traducono in atti, in momenti di incontro tra il richiedente asilo e il burocrate della commissione che deve vagliare la sua domanda o che deve indirizzarlo al lavoro.Per non parlare del ruolo del cittadino medio che poco o nulla sa dei fatti legati alle migrazioni e reagisce nei modi più assurdi. Insomma, non mancano i momenti di ilarità, ma a prevalere sono soprattutto i momenti che toccano l’anima, dove gli attori quasi si spogliano del loro ruolo di personaggio e ti fanno partecipare all’intimità della loro storia. Che poi le storie, quelle vere e che contano sono quelle che nascono dallo scambio e dall’incontro con l’altro e, finita la rappresentazione, in un momento di incontro e dialogo con il pubblico, si scopre che qualcuno dei richiedenti asilo, grazie a questo spettacolo ha trovato una sua direzione nel teatro, ha deciso di farne una professione e si è anche iscritto al conservatorio. Insomma, il teatro è finzione, è vero, ma fino a un certo punto. Uno spettacolo, in definitiva, dove si impara molto. Non solo su quello che significano le migrazioni e le politiche migratorie, ma soprattutto su quello che bisognerebbe intendere per sentirsi -e non solo definirsi- “esseri umani”. Non basta infatti il proposito che è scritto nella Dichiarazione universale dei diritti dell’Uomo: “Ogni uomo ha diritto alla vita”.

 

C.M., "Le Nimis Groupe, ou l’émigration en débat", in Demandez le programme, le 11/02/2015 

Hier soir fut présentée une première étape de travail du Nimis groupe, une création interrogeant ces « flux migratoires » traversant la Méditerranée depuis le continent africain vers le continent européen. Un spectacle émouvant, entre théâtre documentaire et réflexion politique intransigeante.

Le Festival de Liège propose pour cette édition 2015 une réflexion autour de Lampedusa, cette île au large de la Sicile, symbole terrible de la « forteresse Europe ». Dans sa programmation, on retrouve trois créations théâtrales qui offrent des lectures singulières de l’émigration ; « En attendant les barbares » de Ali et Hèdi Thabet, « Going Home » de Vincent Hennebicq ; « Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu » du Nimis Groupe.
Quelles sont les raisons qui rendent la démarche du Nimis Groupe particulièrement intéressante ? La plus évidente c’est que leur création (une étape de travail, rappelons-le) s’inspire d’éléments de la réalité que les acteurs/actrices ont éprouvé dans leur chair, et qu’une partie d’entre eux sont des personnes en cours de procédure de régularisation. On retrouve donc sur scène des acteurs/actrices qui détiennent la citoyenneté européenne et d’autres qui ne la détiennent pas. D’emblée, le spectateur est averti par une petite voix anglophone dont les paroles sont traduites sur un prompteur. En restant dans la salle assister au spectacle, il se rend complice d’une situation illégale. En effet, le droit belge interdit aux demandeurs d’asile d’exercer une profession sur le sol belge (fut-ce celle d’acteur/actrice) tant que leur situation n’a pas été régularisée. Le spectateur a donc un délai de 40 secondes pour quitter la salle...
Mais est-ce à dire que seules les interventions autobiographiques sont ce qui rend le spectacle singulier ? Non, car à côté de ces récits de vie à la première personne, on retrouve des séquences plus théâtrales où l’effet de distanciation permet aux acteurs de questionner (finement) ce qu’ils sont en train de jouer sur scène.
A titre d’exemple, citons la reconstitution cinématographique filmée en direct en champ/contrechamp et projetée sur un écran en arrière scène. La séquence reprend dans un style documentaire un entretien entre un fonctionnaire (joué par un acteur) et une demandeuse d’asile (qui joue son propre rôle). Un tel dispositif permet plusieurs niveaux de jeu : l’acteur s’interrompt pour adresser « face caméra » les états d’âme de son personnage. Il reprend ensuite le fil de la discussion puis s’interrompt une seconde fois pour demander à sa partenaire s’il ne rend pas son personnage trop détestable. Elle lui répond qu’au contraire le fonctionnaire réel était bien plus toursiveux, bien moins aimable. On peut alors apprécier le changement de ton lorsque l’acteur intègre ces nouvelles données dans son jeu.
Par ailleurs, un autre pan du spectacle, très didactique, cherche à apporter des clés de lecture au spectateur pour lui permettre d’apprécier la politique européenne en matière d’émigration, sans pour autant tomber dans les pièges de la vulgarisation. En outre, un buzzeur rouge en avant scène donnait la possibilité à n’importe quel spectateur d’intervenir pendant le spectacle pour poser une question sur un point nébuleux. La visée pédagogique de certaines parties du spectacle auraient pu alourdir le propos, mais les acteurs ont eu l’intelligence de se donner une dramaturgie étroite comme base de travail.
Leur enquête repose sur un constat paradoxal : les émigrés qui fuient la pauvreté de leur pays d’origine deviennent sources de richesse pour l’Europe. En effet, leur arrivée massive aux frontières européennes entraîne non seulement des investissements conséquents dans certains secteurs, comme les technologies de pointe (drones, radars, etc), mais aussi la création de milliers d’emplois administratifs (l’agence Frontex par exemple). Sans compter qu’ils constituent aussi une réserve de main d’œuvre bon marché... Bref, une vraie industrie européenne de l’émigration, plutôt juteuse.
Le spectacle cherche donc à savoir à quel point ces émigrés sont devenus un rouage économique qui sert les intérêts de puissants lobbyings industriels, alors que la politique européenne s’enfonce dans la dénégation de ces milliers de morts qui s’amoncellent chaque année davantage sur les côtes italiennes, espagnoles ou grecques.
Reprenons enfin un extrait du débat avec toute l’équipe qui suivit la représentation. Un spectateur avisé demanda par quels moyens pouvait-il aider, concrètement, les demandeurs d’asile ? En d’autres termes, quels outils les acteurs pourraient lui donner pour transmuer son sentiment d’impuissance en démarche positive ? Il faut bien admettre qu’à ce stade, il serait difficile pour eux d’y répondre, le spectacle voulant davantage sensibiliser qu’offrir de vrais pistes d’actions citoyennes. Mais on ne pourrait douter que cette première étape puisse ultérieurement déboucher sur un spectacle formidable, tant les acteurs sont portés par ce en quoi ils croient. On se réjouit déjà des suites du projet.